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Biafo Hispar

Biafo Hispar, ou la réalité dépasse le rêve. C'est pourquoi je vous livre ici un récit un peu plus détaillé qu’a l’habitude. Ces 11 jours resteront pour moi parmi les plus beaux et les plus intenses de ma vie. Mais il a quand même fallut se les arracher de la peau ces 150km à pied.

Ca commence fort pour Romain : en effet 7h de bus après Islamabad, la route est coupée par de monstrueux glissements de terrain, impossible d’aller plus loin en bus. Il dort donc dans un petit hôtel et repart à pied le lendemain pour traverser le premier éboulis, reprend un bus après l’éboulis jusqu’au prochain éboulis et ainsi de suite. 5 bus et 15h pour faire 350km! il arrive donc en fin de soirée à Gilgit, où je ne l’attendais plus, puisqu’on m’avait dit que la route ne serait réparée que dans 3 jours. Ce garçon a décidément de la réserve.

Les retrouvailles consumées, il nous faut nous exciter car le lendemain nous prenons le minibus pour Skardu afin d’organiser le transfert en jeep jusqu’a Askoli. Nous trouvons tout d’abord une première jeep avec d’autres trekkers pakistanais mais le lendemain ils nous annoncent que le trek qu’ils envisagent est fermé pour le moment, donc qu’ils vont dans une autre vallée. C’est finalement le réceptionniste de notre hôtel qui nous trouvera la jeep.

Nous voici parti pour 7h de jeep, la route est proprement hallucinante, souvent au dessus des abimes de l’Indus et notre chauffeur est un vrai as du volant, il est passé sans soucis dans les passages qu’il nous semblait impossible de monter en jeep. En chemin nous croisons l’expe de Mike Horn et Jean Troillet, parti pour tenter 4 sommets a plus de 8000m. 60 000 euros de budget, 200 porteurs, un cameran, un responsable communication sensé envoyer des images en direct via satellite, bref un autre monde.

Arrives à Askoli, nous trouvons un porteur pour le 1er jour puis installons notre petite tente, et nos 10 sacs plastique de bouffe reposent modestement dans l’auvent, notre budget a nous c’est 150 euros. A coté de nous, devant la tente mess de nos ambitieux voisins, c’est 5 tonnes de nourriture et de matos diverses qui gisent pour être acheminées sur le Baltoro.

Il nous semblait être sorti d’affaire mais c’était sans compter sur le zèle des flics d’Askoli. En effet ils veulent nous imposer un guide, alors que le trek Biafo Hispar est libre. Nous allons nous coucher sans que le problème soit résolut.

Le lendemain ils reviennent à la charge et il nous faudra une heure et demie de palabres pour qu’enfin ils acceptent de nous laisser partir.

Nous voila donc parti avec Ali, notre porteur, sous un grand soleil. Nous lui avons confié la nourriture et pourtant les sacs ne sont pas spécialement léger, demain ce sera 12kg chacun qu’il faudra se rajouter sur le dos car une fois sa charge montée au premier campement, Ali redescendra à Askoli. Après un gentil sentier et une descente peteuse nous voici déjà sur le glacier. Nous avançons parfois péniblement sur ces moraines chaotiques, ces immenses pierriers recouvrant la glace du glacier puis attenions le premier campement sur la rive droite du Biafo, nous y sommes seuls.

Et c’est cette solitude qui m’aura surpris pendant ces 11 jours. Alors que Biafo Hispar est réputé pour être l’un des plus beaux treks du monde, alors que c’est la cohue total sur le Baltoro pour aller voir le K2, nous n’avons presque croisé personne sur ce désert de glace et de roche, et cet isolement parfois presque oppressant aura rendu l’engagement et l’aspect psychologique sans doute plus important que le défis physique.

En cette première journée, les doutes nous assaillent : seront nous capables de marcher avec une telle charge? De trouver seuls l’itinéraire ? J essai de me rassurer en me disant qu’au Hielo Sur, les données étaient similaires, les sacs encore plus lourds et la météo exécrable, et que nous y étions pourtant arrivés.

Nous nous réveillons au matin du second jour sous un temps maussade, reprenons pied sur le glacier en traversant un passage très tourmenté puis remonter une moraine bien roulante avant de trouver de la glace blanche sur laquelle nous marchons sans difficulté. Le lonely planet (qui se révélera être bourré d’erreurs) est notre seule source d’informations. Il indique un campement sur la rive droite du glacier, mais elle ne semble bien difficile a atteindre vu l’aspect très démonté du glacier à cet endroit. Nous préférons donc rester sur l’autoroute de glace blanche et y monter le camp, en ayant préalablement recouvert la glace de graviers afin de ne pas baigner dans l’eau. Cette seconde journée fait du bien au moral, les sacs sont supportables même si nous avons les épaules bien entamées après 5h de marche, et avec un peu de flair et de sens de l’itinéraire nous pouvons nous orienter et progresser sans trop de mal. Déjà nous entourent 2 hautes chaines de montagnes, qui nous écrasent par leur grandeur et leur beauté, mais les nuages nous empêchent d’en profiter.

Il pleut une bonne partie de la nuit mais au matin cela cesse et nous reprenons notre remontée vers Hispar La. Une erreur d’itinéraire nous oblige à effectuer une progression délicate au milieu de grosses crevasses, avant de gagner la rive gauche du Biafo et un bon chemin et un campement idéal (si ce n’est les tas d’immondices laissé par les autres expe) nous attendent. De même en fin d’après midi la pluie reprend.

Au 4e jour le temps ne s’est pas vraiment arrangé. A peine a t on repris pied sur le glacier qu’il se met a neiger avec un vent violent de face. Apres une heure de fatigante lutte, nous décidons de monter la tente sur le glacier pour laisser passer la tempête. Grande est notre surprise lorsque 2h plus tard, le temps s’est significativement remis au beau. Nous démontons notre frêle abris et reprenons la route, jusqu’a ce que, fatigués par la marche et l’altitude (nous sommes à 4500m) nous montions un nouveau camp. Nous avons la surprise de voir descendre 4 trekkers et leurs 2 porteurs. Déjà 12 jours de trek pour eux par un col très alpin, ils ont l’air éreintés et ont le visage brulé. Bientôt à cours de nourriture, ils doivent rejoindre Askoli en 2 jours. Dans l’après midi le ciel se nettoie, dévoilant d’impressionnants piliers granitiques et de superbes faces glacières.

Le lendemain, à cause du ciel étoilé, il a gelé très fort et les chaussures mouillées de la veille sont raides comme la mort, il nous faut les dégeler a la flamme du réchaud pour pouvoir les enfiler. Nous remontons vers le plateau glacière, et lorsque le soleil sort de derrière les montagnes, la réverbération est aveuglante. Des bancs de brouillard passent ca et la, donnant une averse de neige, nous sommes alors dans une bulle de clarté, marchant au milieu de nulle part.

La couche de neige qui recouvre a présent le glacier nous a oblige à nous encorder, mais nous avons la chance de pouvoir suivre a présent les traces d’un autre groupe parti un jour avant nous.

Lorsque que nous attenions le plateau glacière à 4800m d’altitude, nous arrivons dans un autre monde. C’est une nouvelle dimension de roche et de glace qui nous entourent. Partout ou se porte la vue ce n’est que séracs, aiguilles, glaciers suspendus, murs verticaux. Perdus dans ce désert de glace nous montons le campement au milieu de ce décor irréel.

Il neige une bonne partie de la nuit si bien qu’au matin 25cm de neige ont effacés les traces de nos prédécesseurs. Nous attendons une éclaircie pour partir, car il est inutile de marcher au hasard dans le jour blanc. L’éclaircie arrive en fin de matinée et nous pouvons atteindre le pied du col, ou nous retrouvons les traces du groupe qui nous précede.

2 solutions s’offrent alors à nous : prendre un jour pour explorer le plateau glacière ou tirer directement au col. Romain est plus chaud pour la 1ere option, moi davantage pour la 2e. Mais la météo tangente des jours précédents, notre isolement quasi total et le caractère aléatoire de la progression au milieu de ces champs de crevasses nous fera opter pour la seconde décision. Sans doute aurions nous été 3 nous serions allé explorer Lupka Lawo, mais l’engagement est tel ici que nous nous sentons bien peu de chose face aux éléments qui nous entourent.

Nous commençons donc l’harassante montée vers le col, Hispar La, très éprouvante en effet d’atteindre 5151m chargés comme des mules. C’est donc bien explosé par l’effort et l’altitude que nous arrivons à Hispar La. Lentement le ciel se dégage jusqu’a ce qu’il ne reste plus le moindre nuage. Le panorama est époustouflant, nous sommes tous simplement sur une autre planète, ou plutôt à un endroit dont on ne peut soupçonner l’existence ni la beauté sans y être allé. Chaque montagne semble plus belle que sa voisine, et les sommets pointent par centaines dans le ciel azur.

La nuit est particulièrement froide, il fait -7 degrés dans la tente au matin, la encore nous devons dégeler les chaussures avec le réchaud. Mais contrairement à la veille, le regel est excellent et nous dévalons les pentes du col en marge d’impressionnantes zones crevassées. Nous longeons à présent la rive droite du glacier d’Hispar. A notre gauche se trouve une sublime succession de faces glacières, d’une pureté parfaite. Et c’est ce décor qui va lentement défiler sous nos yeux au fur et a mesure de notre progression. La neige finit par disparaitre et nous retrouvons nos moraines chaotiques à souhait. Ce retour casse-pattes sera le prix à payer pour terminer ce trek mais chaque fois nous nous arrêtons et que nous regardons autour de nous, nous sommes remboursés au centuple de tous nos efforts. Nous devons traverser plusieurs glaciers latéraux franchement démontés, mais il laisse entrevoir d’incroyables vallées glacières avec leurs sommets au delà de tout éloge. Vallées désertes et méconnus, que ces montagnes sont vastes décidément.

Peu à peu la verdure réapparait sur les rives de l’Hispar et grande est notre surprise de croiser des yaks, montés ici pour l’estive. Nous sommes franchement impressionnés de trouver ces animaux à une telle altitude, car il faut leur faire traverser glaciers, moraines et autre raides pierriers pour qu’ils parviennent à l’alpage.

Au 8e jour nous rattrapons le groupe nous précédant, une couple de français avec leur guide, leur cuistot et leur 7 porteurs. Ils font repos aujourd’hui et nous discutons un long moment. Nous ne les remercierons jamais assez d’avoir fait la trace dans la neige profonde du col car il faut bien avouer qu’elle nous aura bien facilité les choses.

Nous reprenons notre interminable descente, traversons un dernier glacier latéral, avec une ultime section exposée aux chutes de pierres et remontant le coteau d’en face. Ca y est, les difficultés, la glace est derrière nous, nous tenons notre succès. Mais ce trek est décidément retors et ce n’est que 24h plus tard que nous le finirons vraiment.

En effet nous attend encore une pénible et interminable descente dans les pierriers jusqu’au village d’Hispar. Au village, tout le monde accourt, il faut dire que depuis quelques années, plus grand monde ne passent par ici. En signant le registre du pont, nous avons la surprise de découvrir que nous sommes le 6e groupe arrivant à Hispar cette année.

Nous cherchons à descendre en jeep, mais le chauffeur est parti à la chasse. Nous patientons 3h avant qu’il ne revienne. Il veut pour 30km pratiquement le double de ce que nous avons payé pour faire les 130km qui relie Skardu à Askoli. Ne voulant pas cautionner cette arnaque nous préférons marcher sur la piste, 30km nous sépare encore du village suivant.

Nous nous arrêtons lorsque de la nuit tombe puis reprenons la route tôt le lendemain et après 5h de marche, nous avons la surprise de voir notre chauffeur et sa jeep chargé de 8 villageois. Pas rancunier il accepte de nous prendre et nous ramène à la KKH (Karakorum Highway) pour un prix 10 fois inferieur de ce qu’il nous avait propose la veille.

Un coup de minibus taquet puis de stop et nous nous retrouvons à la Diran Guest House, au pied du Rakaposhi, en train de savourer des frites et un poulet Karai. Le trek est finit.

Vous l’aurez compris ces 11 jours de marche n’auront pas été seulement un magnifique trek, mais un véritable voyage dans un monde pure, rude et sauvage, un monde irréel où nous nous serons promenés dans un état d’émerveillement permanent, oui décidément, la réalité aura dépassé le rêve et l’imaginaire.

Dans notre boulimie de découvertes nous avons enchainés sur le trek du camp de base du Rakaposki puis Romain est parti seul au camp de base du Nanga Parbat, le trek que j’avais fait avant d’arriver à Gilgit. Nous avons paye une dernière fois de notre personne pour faire 17h de bus tape cul jusqu’à Islamabad. Romain vient de partir après ces 3 semaines totales, merci encore a lui pour sa présence, sa motivation et tous les inoubliables moments passés ensemble.

Encore quelques jours à patienter dans la chaleur moite de la capitale pakistanaise puis c’est Toni qui arrive, pour plus d’un an de voyage ensemble, je m’en réjouis tellement.

Sur ce long récit je vous souhaite un bon été.

Vidéos du trek "Biafo Hispar"

Pour des infos sur ce trek et sur la marche au Pakistan en general, allez faire un tour sur le très bon site d'Olivier : Trekking au Pakistan



Vos commentaires :
31/07/2007 : cédric
ça fait frissonner, un récit pareil!!! et aussi tes qualités d'érivain ;o) vivement les photos pour complèter le voyage que tu nous offres! et bonne continuation l'ami!!!
03/08/2007 : Ulrich
Ouais ouais, c est bien joli tout ca mais ca vaut pas la Voie Lycienne question "sens de l itineraire" ;)
En tous cas Bruno et moi te passons le bonjour du Kosovo, ou on est arrives aujourd'hui. Pour nous plus que quelques semaines avant le retour en Hexagone.
A la revoyure !
13/08/2007 : Joel
Ben je me réjouissais de voir les photos, ... Suis pas décu! Merci et bonne rou(t)e, Jo (CH)
13/08/2007 : genetruc
Si tu veux on peut te donner des nouvelles de la Bout'. Tes deux vieux préparent leurs 15 jours de vacances en caravane, le pool de remplacement arrive bientôt. Nos enfants commencent à courir après les chèvres la relève est assurée...
On a l'impression que tu as convaincu Toni de te suivre dans tes péripéties, encore une qui va quitter le droit chemin pour un mec, des parents qui vont se faire du mouron...
Sinon tes photos nous font bien rêver et on sait que pour nous c'est un peut râpé pour se lancer dans une telle aventure.
Bises Gene.
Dommage de dévorer la tomme avec du pain de mie. Bon, c'est pas une erreur monumentale mais l'éthique du voyage en prend un coup. J'espère que les puristes laisseront passer cet écart. Pour ma part tu es tout pardonné, ici on l'accommode avec de la mayo.
Bises Frédo
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